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 fleche

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Gorlois l'Imparable
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Masculin Nombre de messages : 2556
Age : 36
Localisation : Chaumelot

MessageSujet: fleche   Mar 18 Jan 2011 - 12:39

La première démarche a été l’observation et l’analyse des marques des outils et les traces de pliages laissées sur les pointes de flèches anciennes, seuls témoins à notre disposition pour permettre de déceler les techniques de fabrication1. Jean Marche, forgeron de formation et féru d’histoire ancienne, a bien voulu entreprendre la réalisation des pointes les plus courantes, puis celles, plus complexes, demandant une mise en œuvre de techniques particulières. Excepté trois pointes de flèche qui ont été choisies pour montrer la diversité des types morphologiques, toutes les autres proviennent de l’est de la France (Alsace, Franche-Comté). Les pointes réalisées ont été copiées sur des pièces bien datées, trouvées en contexte archéologique (fig. 1, nos 1 à 8 ; fig. 2, nos 9 à 16).

1 L’étude des traces de fabrication a été menée également sur des carreaux d’arbalètes, où les série(...)
2Pour la fabrication des pointes de flèches, les techniques de la forge offrent plus de possibilités que celles de la fonte des métaux (armatures en bronze ; Sainty, 1995). Dès le début de la période mérovingienne, les pointes en fer, forgées à la main, vont se multiplier et les formes se diversifier en fonction de leur utilisation (guerre, chasse) ou autres critères (tradition, mode…). L’étude des pointes de flèche donne des informations précieuses sur l’art et l’habileté des forgerons de ces périodes anciennes. Malheureusement, le fer résiste mal à l’épreuve du temps et beaucoup de pointes, équipant les flèches déposées dans les sépultures mérovingiennes, sont très corrodées par la rouille, parfois pratiquement détruites.

3Au cours du Moyen Âge, les pointes de flèche en fer forgé peuvent être réparties en deux grandes familles : pointes de guerre, pointes de chasse, avec dans chacune d’elles des pointes spécialisées à usage très particulier.








Pointes de flèche utilisées pour la guerre
4Dans les grandes batailles rangées de la guerre de Cent Ans : Crécy, Azincourt, Poitiers…, les pointes à tête lourde en « poinçon » à trois ou quatre pans étaient fabriquées en grandes séries sans soin particulier ; ces pièces ne servaient souvent qu’une seule fois. Les tirs s’effectuaient par « volées » pratiquées en même temps par toute une ligne d’archers, de façon à ce qu’elles tombent sur l’ennemi sous la forme d’une véritable pluie de flèches. Combien y avait-il de flèches disponibles dans ces affrontements ? De tels calculs sont délicats, mais, si trois mille archers, durant deux minutes, tiraient dix flèches par minute, il en résulterait une averse de soixante mille flèches. Cela nous permet de déduire qu’à Crécy, on s’est servi d’un demi-million de flèches (Hardy, 1976). Ces flèches, envoyées sur la ligne d’attaque, occasionnaient des pertes humaines importantes et un désordre incontrôlable dans la cavalerie, provoqué par les chevaux tués ou blessés. Pour la protection et les attaques des places-fortes et châteaux…2, les pointes de flèches sont en revanche plus sophistiquées : très effilées pour percer les cuirasses et les cottes de mailles ou hautement spécialisées, car utilisées pour une action bien définie : flèches incendiaires, flèches à grands tranchants transversaux pour endommager les voiles des bateaux dans les combats navals ou en demi-lune (« pointe de flèche coupe jarret »), pour tirer dans les pattes des chevaux


Pointes de flèche utilisées pour la chasse
5Ces pointes de flèche très caractéristiques peuvent également se diviser en deux familles : armatures foliacées à bords tranchants et armatures à barbelures plus ou moins prononcées de façon à couper les chairs et provoquer des hémorragies importantes. De fabrication soignée, leur forme et leur poids varient en fonction du gibier et de la technique de chasse utilisée. Il est bien évident que certaines pointes de chasse pouvaient être employées pour la guerre. Les pointes de flèche de la période médiévale peuvent être à douille ou à soie plus ou moins dégagée. Dans l’est de la France, un recensement récent des pointes de flèches montre que 96 % des armatures en fer forgé sont à douille, comme dans le reste de la France, à l’exception du domaine des Plantagenêts

Les pointes de flèche en fer forgé et leur réalisation
6Chaque pointe de flèche utilisée comme échantillon de référence a été décrite suivant ses caractères morphologiques principaux : son éventuelle utilisation, sa provenance et sa datation. Devant la diversité des formes, de nombreuses possibilités de fabrication sont offertes. Certains spécialistes de la forge privilégieront en premier la mise en forme complète de la douille, d’autres en revanche préfèreront aménager la partie distale. Pour chaque pièce, nous avons utilisé plusieurs méthodes de construction et chacune d’elles a fait l’objet d’une « gamme d’usinage » très élaborée, qui tient compte des outils utilisés et du temps passé pour chaque opération de forgeage. Ces travaux de recherches, échelonnés sur plusieurs années, nous ont amenés à mettre au point des notices illustrées, qui permettent, sans rentrer dans les détails, de visualiser rapidement le processus de fabrication d’une pointe de flèche en fer forgé dans son enchaînement logique. Pour rester dans l’esprit des forgerons anciens, seuls les outils élémentaires, ceux qui existaient au cours de la période médiévale, ont été utilisés : enclume à bigorne, pinces diverses, marteaux à panne… En fonction de la forme particulière de certaines pointes, des outils simples ont été mis au point et forgés au fur à mesure des besoins : burin fin « langue de carpe », mandrin conique pour rouler la douille…

Accessoires indispensables
7Lingot : il s’agit d’un tronçon de fer rond (diamètre 8 ou 10 mm pour une longueur de 6 à 8 cm) qui sera utilisé pour la fabrication d’une pointe de flèche. Dans certains cas (notice illustrée, fig. Cool, la pointe de flèche sera travaillée directement sur l’extrémité de la tige de fer rond.
Mandrin conique : outil réalisé à partir d’une tige ronde en fer à extrémité conique qui permet d’enrouler la douille de la flèche. En fonction des mesures effectuées sur les pointes mises à notre disposition, deux mandrins coniques ont été réalisés : diamètre 8,5 et 9,5 mm, ce qui permet d’emmancher par emboîtement des pointes de flèche sur des hampes en bois à extrémité conique de 9 à 10,3 mm de diamètre.

8Remarques Lorsque la pointe de flèche est terminée (brute de forge), il faut en vérifier la rectitude ; on la positionne sur la tige gabarit (tige à extrémité conique qui a permis de former la douille) ; on la fait tourner sur l’enclume et on rectifie, par frappes successives, les éventuelles imperfections (Strozzini, 2005).
La dernière opération consistera à donner à la pointe de flèche ses caractères vulnérants. L’extrémité et les bords tranchants (pointe de chasse) seront repris à la lime et à la meule en grès.

Pointes de flèche mérovingiennes
9Fig. 1, n° 1. Pointe de grande taille à douille conique et flamme en forme de feuille allongée, à bords tranchants ; section régulière ovalaire. Cette pointe provient de la nécropole mérovingienne de Niedernai (Bas-Rhin). La fouille de sauvetage réalisée au lieu dit « Kirchbuehl » en 1995, à la suite de la construction d’un vaste échangeur routier, a permis à M. Zenhnacker et à son équipe de travailler sur trente-deux sépultures appartenant à une vaste nécropole s’étendant sur cinq cents mètres carrés. Seules, trois tombes masculines ont livré des pointes de flèche en fer forgé, soit sept pointes au total (Zenhnacker, 1997).
Datation : milieu du VIe siècle.
Fabrication : notice illustrée, fig. 3, nos 1 à 5.





Fig. 3. Réalisation de la pointe de flèche n° 1 :
1. dégorger la partie centrale du lingot ; 2. mettre en forme la flamme (partie avant de la flèche), en respectant sa section ovalaire ; 3. étirer la future douille, puis l’enrouler sur un mandrin de 9,5 mm de diamètre ; 4. affuter les tranchants latéraux à la lime ou à la meule en grès - pointe de flèche terminée ; 5. mandrin conique en fer de diamètre 9,5 mm, pour rouler la douille.

10Fig. 1, n° 2. Pointe de flèche à douille conique et tête triangulaire barbelée. Cette pointe provient de la nécropole mérovingienne de Wasselonne (Bas-Rhin), fouillée en 1991 à l’occasion de la mise en place d’un « Parc d’Activités Économiques ». La campagne de fouilles, dirigée par J. Sainty, a permis de dégager cent quinze sépultures, mais une seule (sépulture n° 97) a livré une pointe de flèche. En très mauvais état de conservation, cette pièce a été dessinée et photographiée sur place au moment de son enlèvement (Sainty, 1991).
Datation : début du VIIe siècle.
Fabrication : notice illustrée, fig. 4, nos 1 à 6.



Fig. 4. Réalisation de la pointe de flèche n° 2 :
1. dégorger, puis étirer la partie haute du lingot ; 2. mettre en forme la flamme, en respectant sa section ovalaire ; 3. trancher les deux ailerons au burin fin (langue de carpe) ; 4. relever les deux ailerons, puis reformer la partie centrale (tige cylindrique) – rabattre les ailerons – étirer la future douille, puis l’enrouler sur un mandrin de 9,5 mm de diamètre ; 5. affuter les tranchants latéraux à la lime ou à la meule en grès - pointe de flèche terminée ; 6. burin fin (langue de carpe).

11 Fig. 1, nos 3 et 4. Pointes de flèche torsadées.
- n° 3. Pointe de flèche à douille conique et à tête triangulaire large barbelée. Cette pièce provient du gisement archéologique de Bach (Suisse) (Moosbrugger-Leu, 1971).
Datation : deuxième partie du VIIe siècle.
- n° 4. Pointe de flèche torsadée à douille conique et à tête triangulaire longue barbelée. Cette pièce provient de la nécropole mérovingienne du village de Doubs (Doubs). Entre 1987 et 1990, la nécropole de la Grande Oye, menacée par la construction d’un lotissement, a fait l’objet d’importantes fouilles archéologiques ; plus de six cents sépultures ont pu être étudiées (Manfredi et alii, 1992). La sépulture n° 293, tombe très riche d’un chef barbare, a livré sept pointes de flèche déposées le long du corps du défunt.
Datation : fin du VIIe siècle.
Fabrication : notice illustrée, fig. 5, nos 1 à 6



Fig. 5. Réalisation des pointes de flèches nos 3 et 4 :
1. dégorger, puis étirer la partie haute du lingot ; 2. mettre en forme la flamme, en respectant sa section losangique ; 3. trancher les deux ailerons au burin fin (langue de carpe) ; 4. relever les deux ailerons – torsader la partie centrale en utilisant deux pinces, puis rabattre les deux ailerons – étirer la douille avant de l’enrouler sur un mandrin de 8,5 mm de diamètre ; 5. affuter les tranchants latéraux à la lime ou à la meule en grès - pointe de flèche terminée ; 6. burin fin (langue de carpe).
Nota : il faut bien chauffer l’emplacement de la torsade ; la partie torsadée peut se faire également en utilisant des griffes ou un étau.

Pointe de flèche carolingienne
12Fig. 1, n° 5. Pointe de flèche à encoches basilaires, douille conique et flamme triangulaire à section losangique. Les recherches d’éléments de datation des aménagements anciens au Mont Saint-Michel à Saint-Jean-lès-Saverne (Bas-Rhin) ont nécessité deux sondages archéologiques au pied du rocher. Les travaux de J.-J. Ring, en 1992, ont révélé une occupation du Hallstatt moyen et une occupation carolingienne, attestée par un niveau de céramiques et deux pointes de flèches.
Datation : ces pointes de flèches, peu fréquentes dans l’est de la France, seraient datées de la première moitié du IXe siècle (Ring, 1992).
Fabrication : notice illustrée, fig. 6, n os 1 à 6


Fig. 6. Réalisation de la pointe de flèche n° 5 :
1. dégorger, puis étirer la partie haute du lingot ; 2. mettre en forme la flamme, en respectant sa section ovalaire ; 3. dégorger une deuxième fois pour obtenir les coches ; 4. étirer la future douille, puis l’enrouler sur un mandrin conique de 9,5 mm de diamètre ; 5. affuter les tranchants latéraux à la lime ou à la meule en grès - pointe de flèche terminée ; 6. pour réduire la section, on utilise un petit dégorgeoir en deux pièces.

Pointes de flèche du Bas Moyen Âge et Moyen Âge tardif
13Fig. 1, nos 6 et 7. Pointes de flèche à pointe triangulaire ou carrée présentant une tête bien individualisée, à étranglement très marqué entre la pointe et la douille conique. Calquées sur les carreaux d’arbalètes, ces pointes de guerre sont utilisées pour percer les armures et les cottes de mailles.
Provenance : découvertes anciennement, ces deux pointes proviendraient du château de Lutzelbourg, à Ottrott (Bas-Rhin). Collection particulière (inédite).
Datation : fin du XIIIe siècle.
Fabrication : notice illustrée, fig. 7, nos 1 à 4.



Fig. 7. Réalisation des pointes de flèches nos 6 et 7 :
1-2. dégorger, puis façonner l’extrémité de la pointe de flèche (triangulaire ou carrée) ; 3. étirer la future douille, puis l’enrouler sur un mandrin conique de 8,5 mm de diamètre - reprendre la pointe à la lime ou à la meule en grès ; 4. pointe de flèche terminée.
Nota : la pointe trianglaire se fera dans un « V » à 60°.

14Fig. 1, n° 8. Pointe de flèche à flamme en forme d’amande à section losangique plus ou moins aplatie, douille fine conique.
Provenance : Seltz (Bas-Rhin). Collection particulière (inédite).
Datation : XIVe siècle.
Fabrication : notice illustrée, fig. 13, nos 1 à 4. Même schéma de fabrication que les pointes nos 13 et 16 (fig. 2), mais la flamme est plus large et présente une section plus étroite.

3 En 1545, le « Mary-Rose », important bateau anglais de 700 tonneaux, est coulé par la flotte franç(...)
15Fig. 2, n° 9. Pointe de flèche à ailerons et douille conique du « type 16 » du catalogue du Musée de Londres (Hardy, 1977). Utilisées pour la chasse et la guerre. Il en existe de nombreuses variétés, tant par la forme que par la taille. C’est le type même des pointes montées sur les flèches découvertes dans l’épave du Mary-Rose3, bateau de guerre anglais coulé en 1545 (Bonjean, 1999 ; Fourreau, 2004).
Datation : fin du XIVe siècle.
Fabrication : notice illustrée, fig. 8, nos 1 à 6


Fig. 8. Réalisation de la pointe de flèche n° 9 :
1. dégorger, puis étirer la partie haute de la tige pour obtenir la forme générale de la pointe de flèche (pointe et douille) ; 2. mettre en forme la flamme - trancher les deux ailerons au burin fin (langue de carpe) ; 3. enrouler la douille sur un mandrin conique de 8,5 mm de diamètre ; 4. rabattre les ailerons ; 5. sectionner et terminer la pointe de flèche à la lime ou à la meule en grès.
Nota : pour plus de faciliter, nous avons inverser le sens de la réalisation ; dans ce cas, l’extrémité de la pointe de flèche se trouve face à l’opérateur.

16Fig. 2, n° 10. Pointe de flèche à large tranchant transversal à douille conique. Il en existe de nombreuses variétés, le tranchant pouvant être droit, légèrement concave ou en demi-lune. Cette pointe, peu courante dans l’est de la France, est surtout utilisée pour la chasse aux oiseaux et est bien attestée dans l’iconographie (Serdon, 2005, p. 185).
Datation : XVe et XVIe siècles.
Fabrication : notice illustrée, fig. 9, nos 1 à 4.



Fig. 9. Réalisation de la pointe de flèche n° 10 :
1-2. dégorger, puis étirer la partie avant et arrière de la pointe de flèche ; 3. façonner la partie avant de la flèche (tranchant en demi-lune) - enrouler la douille sur un mandrin conique de 8,5 mm de diamètre ; 4. affuter la partie tranchante à la meule en grès - pointe de flèche terminée.

17Fig. 2, n° 11. Pointe de flèche en « queue d’hirondelle » à douille conique du « type 15 » du catalogue du Musée de Londres (Hardy, 1977). Cette armature à ailerons étirés et très coupants était surtout utilisée pour la chasse du moyen et gros gibier. Les longs tranchants des ailerons occasionnaient de larges blessures en provoquant des hémorragies importantes. En temps de guerre, elle pouvait être utilisée pour tirer dans les pattes des chevaux.
Datation : cette pointe apparaît à la fin du XIIIe siècle.
Fabrication : notice illustrée, fig. 10, nos 1 à 5.



Fig. 10. Réalisation de la pointe de flèche n° 11 :
1-2. dégorger, puis étirer la partie haute de la tige ronde pour obtenir la forme générale de la pointe de flèche (pointe et douille) ; 3. trancher et relever les deux ailerons au burin fin (langue de carpe) - trancher en a ; 4. enrouler la douille sur un mandrin conique de 9,5 mm de diamètre- rabattre les ailerons et les galber ; 5. affuter la pointe de flèche à la lime ou à la meule en grès - pointe de flèche terminée.

18Fig. 2, n° 12. Pointe de flèche incendiaire. Ce type de pointe relativement rare fait partie du groupe des pointes spécialisées. Des pièces semblables, déjà utilisées au cours de l’époque romaine, ont été présentées dans des travaux récents (Zimmermann, 2000 ; Degen, 1998). Le corps de l’armature se compose de trois branches découpées, qui s’ouvrent et s’écartent pour se refermer sous la pointe de façon à former les montants d’une sorte de cage dans laquelle était placée une matière inflammable (étoupe, tissu effiloché…, imbibé de graisse, de poix ou d’autre produit combustible). Comme le diamètre intérieur de la base de la douille est inférieur à 9 mm, cette pointe ne peut être montée que sur hampe de flèche de tir à l’arc. L’utilisation de ce type de flèche permettait de brûler maisons, palissades, récoltes…, de semer la panique dans les enclos à bétail ou encore d’incendier les bateaux lors des batailles navales. Ces flèches permettaient également de faire diversion dans l’attaque d’un bourg ou d’une place forte en incendiant des endroits stratégiques de façon à créer des points faibles dans la défense adverse. Dans les attaques nocturnes, les flèches incendiaires, comme les flèches sifflantes, pouvaient servir de signaux pour diriger une opération offensive de grande envergure.
Provenance : château de Landsberg (Bas-Rhin). Cette pièce a été récupérée par un collectionneur au cours de fouilles anciennes réalisées entre les années 1958 et 1962 (inédite).
Datation : XIIIe siècle.
Fabrication : première méthode - notice illustrée, fig. 11, nos 1 à 4 ; deuxième méthode - notice illustrée, fig. 12, nos 1 à 3


Fig. 11. Réalisation de la pointe de flèche n° 12 - première méthode :
1. étirer le lingot au marteau pour obtenir une pièce rectangulaire - dégorger pour réduire la section – trancher partiellement la partie centrale ; 2. préformer la pointe distale et étirer la future douille – écarter les deux branches extérieures de la « cage » ; 3. étirer la « cage » pour orienter les branches à 120°, puis terminer la pointe distale - enrouler la douille sur un mandrin conique de 9,5 mm de diamètre ; 4. pointe de flèche terminée.
Nota : la difficulté de ce travail minutieux de forgeage est d’atteindre la bonne température, sans « brûler » la pointe ou les éléments de la « cage ».



Fig. 12. Réalisation de la pointe de flèche n° 12 - deuxième méthode :
1. étirer le lingot au marteau pour obtenir une pièce rectangulaire - trancher la partie supérieure sur toute la longeur pour obtenir trois branches séparées ; 2. cintrer les branches de la « cage » - souder au « feu » les extrémités des branches, puis façonner la partie distale de la pointe - étirer la future la douille avant de l’enrouler sur un mandrin conique de 9,5 mm de diamètre ; 3. pointe de flèche terminée.
Nota : la deuxième méthode est plus facile à mettre en œuvre que la première, dans la mesure où l’on peut réaliser la soudure avec de l’acier de bonne qualité.

19Fig. 2, nos 13 et 16. Pointes de flèche présentant une « flamme » très étroite, à section losangique ou carrée, se prolongeant par une douille conique. Leur fonction était de percer les cuirasses et les cottes de mailles.
Provenance : château du Haut-Koenigsbourg (Haut-Rhin), Musée du château (inédites).
Datation : fin du XIIe siècle.
Fabrication : même schéma de construction que la notice illustrée, fig. 13, nos 1 à 4.

20Fig. 2, n° 14. Pointe longue et effilée « type aiguille » à section carrée, se prolongeant par une douille conique. Il n’y a pas de rupture entre la pointe et la douille. Cette pointe de guerre au pouvoir de pénétration très important était capable de traverser le corps d’un homme même bien protégé (Cole, 1996).
Provenance : château de Grand-Geroldseck (Bas-Rhin). Collection particulière (inédite).
Datation : début du XIIe siècle.
Fabrication : la construction sera très proche de celle de la notice illustrée, fig. 13, nos 1 à 4. La section de la pointe sera carrée et ne présentera pas de rupture entre la pointe et la douille.

Fig. 12. Réalisation de la pointe de flèche n° 12 - deuxième méthode :
1. étirer le lingot au marteau pour obtenir une pièce rectangulaire - trancher la partie supérieure sur toute la longeur pour obtenir trois branches séparées ; 2. cintrer les branches de la « cage » - souder au « feu » les extrémités des branches, puis façonner la partie distale de la pointe - étirer la future la douille avant de l’enrouler sur un mandrin conique de 9,5 mm de diamètre ; 3. pointe de flèche terminée.
Nota : la deuxième méthode est plus facile à mettre en œuvre que la première, dans la mesure où l’on peut réaliser la soudure avec de l’acier de bonne qualité.

19Fig. 2, nos 13 et 16. Pointes de flèche présentant une « flamme » très étroite, à section losangique ou carrée, se prolongeant par une douille conique. Leur fonction était de percer les cuirasses et les cottes de mailles.
Provenance : château du Haut-Koenigsbourg (Haut-Rhin), Musée du château (inédites).
Datation : fin du XIIe siècle.
Fabrication : même schéma de construction que la notice illustrée, fig. 13, nos 1 à 4.

20Fig. 2, n° 14. Pointe longue et effilée « type aiguille » à section carrée, se prolongeant par une douille conique. Il n’y a pas de rupture entre la pointe et la douille. Cette pointe de guerre au pouvoir de pénétration très important était capable de traverser le corps d’un homme même bien protégé (Cole, 1996).
Provenance : château de Grand-Geroldseck (Bas-Rhin). Collection particulière (inédite).
Datation : début du XIIe siècle.
Fabrication : la construction sera très proche de celle de la notice illustrée, fig. 13, nos 1 à 4. La section de la pointe sera carrée et ne présentera pas de rupture entre la pointe et la douille.



Fig. 13. Réalisation des pointes de flèches nos 8 et 13, 14 et 16 :
1. dégorger, puis étirer la partie haute du lingot ; 2. former l’extrémité de la pointe de flèche, flamme très allongées, tout en respectant les sections (carrée, losangique ou ovalaire) ; 3. étirer la future la douille puis l’enrouler sur un mandrin conique de 8,5 mm de diamètre ; 4. pointe de flèche terminée.

21Fig. 2, n° 15. Pointe de flèche présentant un profil pyramidal à section carrée, avec renflement important entre la pointe et la douille conique. Après plusieurs années de fouille, « l’Opération-Taupe » possède actuellement une centaine de traits (pointes de flèche et carreaux d’arbalète), provenant de plusieurs châteaux alsaciens. Cette remarquable collection a été décrite en partie par J.-P. Rieb, alors conservateur des objets archéologiques (Rieb, 1968). La pointe de flèche étudiée provient du château Nord (Dagsbourg) de Haut-Éguisheim (Haut-Rhin).
Datation : XIIe siècle.
Fabrication : notice illustrée, fig. 14, nos 1 à 5.




Fig. 14. Réalisation de la pointe de flèche n° 15 :
1-2. dégorger puis étirer la partie haute du lingot en forme de cône ; 3. la section carrée de la pointe est obtenue par frappes successives, en tournant la pièce sur l’enclume d’un quart de tour ; 4. étirer la douille, puis l’enrouler sur un mandrin conique de 9,5 mm de diamètre ; 5. reprendre la partie pyramidale à la lime - pointe de flèche terminée.

De la réalisation à la fonction
La flèche
22Ces pointes de flèche (fig. 15, nos 1 à 7 ; fig. 16, nos 1 à Cool, montées avec soin sur des fûts en bois équipés d’encoche et d’empennage en plumes, se transforment en flèches redoutables… (fig. 17, nos 1 à 10).






Fig. 16. Nos 1-8. « Répliques » de pointes de flèche en fer forgé utilisées au cours du Moyen Âge.

23La flèche, complément indissociable de l’arc, doit posséder, comme ce dernier, des qualités particulières. Sa construction est longue et demande de nombreuses opérations successives exigeant une grande précision : choix du fût, montage de l’empennage, fabrication de l’encoche et fixation de la pointe… Une fois construite, la flèche doit être bien équilibrée, dotée d’une grande rectitude et d’un « spine » (calibrage de sa flexibilité) contrôlé en fonction de la puissance de l’arc utilisé. Les arcs de guerre de la période médiévale, travaillés dans une seule pièce de bois (if, frêne, orme…) étaient d’une très grande puissance, entre 80 et 150 livres comme sur le Mary-Rose (cf. note 3). Pour tirer et effectuer dans une cible des groupements de flèches précis, les archers devaient, comme ceux de nos jours, utiliser des flèches présentant un même « spine », un même poids et un empennage de même type

Fig. 17. Nos 1-10. Reconstitutions expérimentales de flèches pour tir à l’arc du Moyen Âge.

Le fût
24Le bois utilisé pour la fabrication d’un fût de flèche devait répondre à des critères sélectifs précis : il devait être exempt de nœud, présenter des fils serrés tout en étant d’une grande rectitude, car cette qualité essentielle conditionne le bon vol de la flèche. Les essences de bois les plus couramment utilisées sont dans l’ordre : frêne, pin, peuplier, chêne, orme, prunier épineux… Pour les flèches de guerre, le frêne semble avoir eu la préférence (Ascham, 1544). C’est un bois dense, assez lourd, qui permet d’augmenter l’inertie et la puissance de la flèche.

L’encoche
25Pour les flèches de guerre, utilisées pour des tirs « paraboliques » et rapides jusqu’à 200 mètres, l’encoche était directement taillée dans le bois. Cette encoche était bien adaptée à la flèche, car elle permettait d’encocher très rapidement. Quant aux flèches plus sophistiquées, utilisées pour le tir « tendu » ou de précision (chasse, entraînement…), l’encoche pouvait être renforcée par une fine lame d’os, de corne ou de bois de cervidé, insérée et collée perpendiculairement à la fente de l’encoche. Cette construction permettait à la base de l’encoche de bien résister à la poussée de la corde, tout en limitant les facettes d’usure. Toutes les flèches du Mary-Rose possédaient une encoche renforcée par un insert en corne.

L’empennage
26L’empennage a pour rôle de redresser la flèche à la sortie de l’arc (paradoxe de l’archer) et de la stabiliser au cours de son vol. Il se compose généralement de trois demi-plumes (rémiges d’aile d’oiseau), taillées en forme de triangle allongé, positionnées à l’arrière du fût et fixées très régulièrement tous les 120° (fig. 18, nos 1 à 4). Cette disposition permet d’éviter qu’elles ne frottent contre le bois d’arc, ce qui pourrait occasionner des déviations importantes dans la trajectoire. La découpe des plumes pouvait être également en « dos de cochon » ou en « creux de selle » (Ascham, 1545). Les demi-plumes sont fixées à la colle de peau sur le fût en bois et les extrémités ligaturées par un fil de lin, de chanvre ou de soie très fin. Pour les flèches de bonne qualité, l’empennage pouvait recevoir un enroulement en spirale de lin ou de soie, de façon à ce qu’elles restent plaquées sur le fût, même si la colle ne tient plus. D’autres sortes de plumes ont été utilisées : cygne, canard, coq, aigle… Les rémiges doivent provenir de la même aile de l’oiseau, car il faut toujours empenner avec des plumes de même courbure de façon à obtenir un vol stable et une rotation correcte de la flèche. Comme les flèches médiévales sont généralement équipées de pointes lourdes, l’empennage était de grande dimension pour permettre à la flèche, lorsqu’elle quitte l’arc, de se redresser plus rapidement.




Fig. 18. Nos 1-4. Parties proximales de flèches du moyen Âge reconstituées : empennage composé de trois demi-plumes équidistantes maintenues sur le fût par de la colle de peau, des ligatures en fil de soie, de chanvre ou de lin et parfois avec un enroulement en spirale. L’encoche peut être taillée directement dans le bois du fût avec ou sans ligature d’arrêt ou renforcée par un insert composé d’une fine lamelle d’os ou de corne. Le fût en bois est entièrement protégé par deux couches d’huile de lin et de la cire d’abeille.


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[« Tous rêvent, mais pas de façon égale. Ceux qui rêvent de nuit depuis les replis poussiéreux de leur esprit se réveillent le jour pour se rendre compte que ce n’était que de la vanité; mais les rêveurs de jour sont dangereux, car ils peuvent agir selon leur rêve en gardant les yeux grand ouverts pour le rendre possible. »
- T.E. Lawrence
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Odon le Hardi
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MessageSujet: Re: fleche   Mar 18 Jan 2011 - 19:24

Que des bonnes choses ! quoique long. je finirais de lire une prochaine fois !
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Sire Tirkan
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MessageSujet: Re: fleche   Mer 19 Jan 2011 - 16:41

Trés instructif, je crois que c'est le plus gros post du forum!!

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"Je jure par Dieu qu'aucun Chevalier dans l'erreur ne triomphera d'un chevalier servant la vérité!"                  
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Dame Isaline
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MessageSujet: Re: fleche   Sam 29 Jan 2011 - 20:00

Très interessant et instructif !
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MessageSujet: Re: fleche   

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